18/12/2008

40 ans, déjà!

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Ce jour-là, mon grand-père ne travaillait pas. Un de ses compères lui demanda de le remplacer. Il lui rendrait un jour de travail. C’est ainsi que Gaetano pointa pour son ami.

31 août 1937, dans la mine de soufre de Racalmuto, un coup de grisou. Une équipe de sauveteurs s’organise pour sortir les mineurs enfouis. Ils descendent dans une cave et là, une seconde explosion. Plus violente.

Gravement brûlé, mon grand-père survécu 5 jours puis expira, comme une quarantaine d’autres travailleurs. Sa veuve avait un enfant en son sein. Mon père. Il naquit le 16 avril 1938, jour de Pâques… les bruits de bottes faisaient rage.

Le petit orphelin porta le deuil depuis le jour de sa naissance. 

Plus par respect de la tradition que de la mémoire de son père, il s’habilla en noir jusqu’à son arrivée en Belgique en 1957. 

C’est pour ça qu’il déteste le noir et aime le blanc.

Comme mon grand-père n’était pas supposé travailler ce jour-là, ma grand-mère ne toucha aucune indemnisation. 

Quelques mois plus tard, la guerre. Et la faim ! A 6 ans, après l’école, mon père allait travailler dans un atelier de couture. Ça l’arrangeait bien, le repas du soir était son salaire. 

Jusqu’à cette période, il croyait que son père était un riche américain et qu’il reviendrait un jour au volant d’une grosse berline blanche.

Il y a tout juste 40 ans, mon père reçu la première Simca 1501 Spéciale de Belgique. 

Il drachait ce jour-là. Le ciel voulait la baptiser à sa manière. Mais il la noya plutôt… Moins d’une heure après sa sortie du garage, la Simca refusait de démarrer. Une dépanneuse vint la remorquer comme s’il s’agissait déjà d’une épave.

Je me souviens très bien de ce jour-là. J’étais excité. La veille, j’avais accompagné mon père au garage pour y apporter les plaques. Le concessionnaire devait préparer l’auto pour le lendemain. Dans le showroom, au volant de la voiture blanche, je me souviens fort bien que je klaxonnais comme pour un mariage.

Et mon père trop gentiment me disait « Tony, reste tranquille »…

Le 18 décembre 1968, à la fenêtre du living qui donnait sur la rue, j’étais mort d’angoisse ;  papa devait rentrer au volant de la nouvelle voiture…

Il arrive ! C’est lui ! Ho ! Non, ce n’est pas encore lui...

Finalement, il rentra à pied, trempé. Déçu, la tête basse. Ma mère prit sa veste et lui tendit un essuie-mains pour se sécher les cheveux. Je me rappelle de son ton. Elle lui parlait très doucement, comme pour le consoler ou lui dire des secrets. Je me jetai sur mon père. « Papa, papa, où est la voiture ? ».

Il ne me regarda pas, me repoussa en me caressant la tête et me dit qu’il devait aller se sécher à la toilette.

Il y a quelques années, mon père avait bu un verre et sa langue se délia ; il me dit que c’est ses larmes qu’il devait sécher.

Il pense qu’il n’a jamais eu de chance, qu'il est maudi de naissance.

Aujourd’hui, j’ai sorti ma Simca. Belle comme une jeune mariée. Et elle tourne comme une horloge. Peut-être ai-je plus de chance que je ne crois?

20:44 Écrit par Tony dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/11/2007

Une de mes Simca 1501 S de 1969.

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09:31 Écrit par Tony dans Général | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |